Origine du vitrail (Article rédigé pour Art et Histoire)

Le vitrail est une composition décorative qui tire son effet de la translucidité de son support. Jusqu’à présent, l’élément essentiel en est le verre, une substance qui sert l’homme depuis des milliers d’années tout en restant mystérieuse.
 
Nous n’aborderons pas l’invention ou la découverte du verre, même si son histoire est très ancienne et varie au gré des fouilles archéologiques.
 
L’art qui nous intéresse est relativement récent ; il est né dans les premiers temps de l’ère chrétienne quand la fenêtre a pris toute son importance dans l’architecture publique et privée. Dans une église, une fenêtre doit être fermée ; pour cela, on peut se servir d’un volet de bois ou de pierre, d’une dalle de pierre translucide comme l’albâtre, d’un châssis tendu d’une étoffe, ou encore d’une claire-voie. Toutes ces techniques ont été employées, parfois en même temps, mais c’est la claire-voie qui a prévalu, comme la solution la plus pratique et décorative, on peut l’obstruer tout ou en partie avec de la sélénite ou au mieux, du verre.
 

Le Verre

Depuis 4000 ans, le verre s’est développé notamment en Egypte et en Syrie, grâce à des procédés de coulage, moulage et modelage, permettant de fabriquer surtout des perles et des vases. Grâce au soufflage les verriers d’Alexandrie et de Sidon réalisent aux premiers siècles de notre ère, des vases aux formes les plus audacieuses qu’ils savaient aussi dorer et émailler. Le verre en feuilles était fabriqué en coulant du verre en fusion sur une surface lisse. (vitres et fragments retrouvés à Pompéi et dans nos pays.

Cependant le soufflage donnait de bien meilleurs résultats dans le soufflage de cives et de plateaux.

 

Le Vitrail arabe et les plus anciens vitraux

 
Le XIXème siècle s’est beaucoup interrogé sur le moment et surtout le lieu de naissance de cet Art (France ou Allemagne), mais ce qu’on considère comme les plus anciens vitraux se trouvent pourtant loin de là, dans les ruines d’Orient…
A Saqqara, en Egypte, dans l’ancien monastère d’Apa Jeremias, on a découvert des vitraux remontant peut-être au VIIème siècle et certainement antérieurs à 850 : des fragments de cives et plusieurs morceaux d’une claire-voie de plâtre avec des pièces irrégulières de verre fixées à l’extérieur, suivant la technique des vitraux des mosquées des siècles suivants.
A Samarra, en Mésopotamie (Irak), dans un ensemble de constructions, mosquées et palais de la seconde moitié de IXème siècle, on a retrouvé des spécimens de vitres coulées et de cives, dont l’une était encore engagée dans le plâtre et plusieurs présentaient un décor émaillé ou peint à froid.
Dans les ruines du palais de Qasr el-Heir el-Gharbi, construit en 727 et abandonné en 750, on a retrouvé plus de 150 fragments de nuances remarquables. Ces verres étaient soufflés en cives, taillés à l’aide d’une pierre dure, et ils garnissaient de petites claire-voies de stuc dessinant des arabesques et des entrelacs aussi variés qu’élégants. Placés en « sandwich » aux deux tiers de l’épaisseur du panneau vers l’extérieur, ils formaient ce qu’on appelle des vitraux arabes, plusieurs d’entre eux étaient décorés d’une peinture noire.
 
Les historiens du vitrail avaient ignoré ces découvertes, aussi bien en Allemagne qu’en France ou dans les autres pays. L’étude des sources littéraires avait fait penser que l’élaboration du vitrail médiéval s’était accomplie dans le seul Occident, alors que la contribution de l’Orient apparaît maintenant comme prépondérante.
 
 
Les plus anciens vitraux d’Occident
 
Le vitrail dit « arabe » s’est répandu dans tout le bassin méditerranéen. On a reconnu en Sicile l’existence de claire-voies en stuc du XIIème siècle, simples et sans verres à Saint-Jean-des-Ermites de Palerme, simples avec des verres de couleurs à la Martorana.
On relève certaines similitudes de matières et de techniques artistiques entre le vitrail et d’autres formes de l’art médiéval, comme la mosaïque et l’émail. Les murs de mosaïques ne furent plus composés de pierres solides ou des assemblages de céramiques de l’époque classique, mais de fragments de verres colorés disposés de manière à obtenir un dessin audacieux et cohérent. L’idée d’utiliser un cadre de plomb pour maintenir ensemble les morceaux de verre peut fort bien avoir été inspiré par l’art de l’orfèvrerie ou de l’émailleur de cloisonnés.
L’homme du Moyen-Age sait déjà qu’il lui est possible d’obtenir des morceaux de verre coloré de bonne taille, il imagine soudain de remplacer l’or des orfèvres par le plomb (métal bon marché et malléable qui lui permettra de fixer un assemblage de panneaux de verre dans une fenêtre). C’est la fenêtre toute entière qui sera alors un chef-d’œuvre de joaillerie et non plus le bijou orné de pierres précieuses serties par l’orfèvre.
Le musée national de Ravenne conserve des verres de Saint-Vital, permettant de croire qu’il s’agit de vestiges de la clôture primitive du VIème siècle. Ce sont des cives de diamètre variable, qui garnissaient les ouvertures en obéissant à une composition décorative. Un disque incolore brisé conserve les traces de peintures d’autant plus précieuses qu’il s’agit de personnages (le Christ et son nimbe crucifère). C’est le plus ancien spécimen de peinture sur verre d’occident puisque les caractères du dessin et les inscriptions conviennent parfaitement au VIème siècle.
 
 
Le plus ancien spécimen connu de composition ornementale faite de verres cuits et sertis dans un réseau de plomb, de vitrail, a été découvert à Séry-lès-Mézières. D’abord déclaré antérieur au Xème siècle, le motif, une croix pattée dont les bras sont surmontés de deux fleurons et portent l’alpha et l’oméga, témoigne d’une habileté peu commune dans leur ajustage, et serait un motif très répandu du VIème au IXème siècle. Ce vitrail était semblable au niveau de la technique, à ceux de l’époque romane.
 
Du IXème au XIIème siècle
 
Devant les chefs-d’œuvre du XIIème siècle, on ne peut que se dire : « Pour obtenir une telle perfection dans une industrie dont les moyens sont passablement compliqués, il faut bien supposer une longue expérience ». à quoi on peut ajouter : « La perfection des coupes du vitrail de Séry-lès-Mézières permet de reculer l’origine du procédé jusqu’à l’époque mérovingienne ».
 
Tête de Wissemburg
Il est évident que l’art du vitrail est né bien avant le premier texte qui le défini précisément (1050). Si les écrivains célébrant les constructions de Charlemagne n’ont pas fait état de verrières, c’est sans doute qu’aucun changement frappant n’était survenu à leur époque dans une technique déjà ancienne.
Les invasions normandes, véritable « nuit noire du Moyen-Age », ont imposé des retards à la diffusion du vitrail. La peinture sur verre, très largement répandue en Occident au IXème siècle, sinon auparavant était presque tombée en désuétude au siècle suivant. Les historiens allemands professent que les monastères bénédictins ont été le berceau de l’art du Vitrail, ils furent du moins son refuge aux jours les plus sombres de la barbarie.
Les églises d’une certaine importance ont été vitrées pour la première fois dans le courant du XIème siècle, et le siècle suivant nous a laissé des chef-d’œuvres, en nombre appréciable, surtout en France et en Allemagne.
Abbé Suger, vitrail du XIIème, St Denis  
 
Verrières du XIIème St Denis  
  En France, les plus anciens vitraux à date certaine sont ceux de Saint-Denis, peints sous la direction de l’abbé Suger entre 1140 et 1144. Les célèbres prophètes de la cathédrale d’Augsbourg sont datés entre 1120 et 1140. Les autres verrières romanes de l’Allemagne ont été exécutées dans la seconde moitié du XIIème siècle et au début du XIIIème.
 
Nos romantiques rêvaient que les verrières avaient été apportées chez nous, de la Terre Sainte, par les croisés. Assurément ils se trompaient, mais de quelques siècles seulement.
 

Technique du Vitrail (rédigé pour Art et Histoire)

Le vitrail est un art décoratif conçu pour s’intégrer à une architecture, à une fenêtre ou une baie, pour s’intégrer dans un espace donné, souvent monumental (églises).
Le vitrail est le plus souvent réalisé en verre soufflé, initialement sous forme de cives, au moyen-âge, ce qui donnait des pièces de verre assez petites, avec des différences d’épaisseurs et d’intensité de couleur importantes.
On a ensuite soufflé le verre en manchons, ce qui permet d’obtenir de grandes feuilles de verre plat.

Maquette, dessin, carton

Avant de démarrer chaque travail, on a recours à un dessin à échelle réduite, au 1/5e, 1/10e ou 1/20e selon les cas de figure…C’est un dessin au trait et en couleur qui permet d’organiser la composition du vitrail, plombs, couleurs, armatures…
Elle permet le dialogue entre le verrier et le destinataire.
Généralement réalisée à l’aquarelle, à la gouache ou aux crayons de couleurs, elle peut aussi être constituée de montages photos, de collages, ou réalisée par ordinateur…
Après accord sur le choix d’une maquette, le verrier réalise un dessin grandeur nature du projet, le carton, en indiquant les plombs, les barlotières, les vergettes, les numéros des pièces, les couleurs de verre, etc…
Le carton comprend également le cas échéant, des indications permettant la peinture des pièces : Traits, ombres, matières modelés à rajouter sur les pièces de verre, dans ce cas ce premier carton est conservé et l’on en réalise un deuxième au carbone ne reprenant que le réseau de plombs. On peut également réaliser un calque…
 

Choix des couleurs, calibrage, coupe du verre

Grâce à la maquette et en fonction de l’orientation du vitrail, de son ensoleillement, on choisit les couleurs et les matières des verres qui composeront le vitrail.
A l’aide d’un ciseau à triple-lame, on découpe le carton en suivant les plombs, en respectant leur organisation dans le vitrail. Le ciseau à triple-lame permet d’enlever un bande de papier de la largeur de l’âme du plomb. C’est le calibrage, qui permet d’obtenir les gabarits exacts des pièces de verre à découper, les calibres.
On trie les gabarits en fonction des couleurs des verres auxquels ils correspondent. On organise les calibres sur la feuille de verre de manière à optimiser la coupe de verre et à obtenir le moins de chutes possible.
On découpe ensuite le verre en suivant le bord de chaque gabarit avec un diamant ou une roulette en tungstène.

Peinture, gravure, grisailles et émaux

Une fois toute la découpe de verre effectuée, certaines pièces peuvent nécessiter un passage en peinture. On y applique la grisaille au pinceau, et au vinaigre pour obtenir du trait, à l’eau pour des ombre, des modelés, des matières etc.. Ce qui permet d’indiquer les nervures et feuillages, les motifs « cages à mouches », les drapés, visages, mains etc… Par application de grisailles de différentes couleurs, de Jean Cousin ou d’émaux, on obtient les carnations, matières des vêtements, ombres ou éclats de joaillerie…
 
Certaines pièces sont en verre plaqué (fine pellicule de couleur sur verre de ton clair), et peuvent être travaillées à l’acide fluorhydrique ou au sablage, ce qui permet d’obtenir deux couleurs sur la même pièce de verre sans séparation de plomb. Cette pièce peut ensuite être retravaillée en peinture, trait modelé, émaux et jaune d’argent, ce qui allége le travail de plomb et augmente les possibilités du vitrail.
La Peinture, grisaille émaux, ou carnations est cuite au four à environ 650°C pour la faire adhérer au verre de manière quasi inaltérable.
 
Montage au plomb, sertissage,
 
Toutes les pièces de verre découpées, peintes et cuites sont donc prêtes à être assemblées par un réseau de plombs.
Pour une forme rectangulaire, on s’appui sur deux règles de bois perpendiculaires fixées à la table de travail. Pour une forme non rectangulaire, on monte sur un carton de montage réalisé à cet effet.
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On commence par positionner deux profilés de plomb (légèrement plus grands que le vitrail fini), contre les règles, puis on emboîte successivement les verres dans les plombs et les plombs les uns dans les autres; en respectant le chemin de plomb tracé sur le carton initial, en fixant au fur et à mesure le travail par des clous qui empêchent le verre de bouger. C’est le « montage » ou « sertissage » au plomb.
 
Une fois ce travail effectué, on vérifie les alignements de plombs, les dimensions du vitrail (il ne doit être ni trop grand ni trop petit, pour s’intégrer parfaitement aux dimensions de la fenêtre ou de la baie) les perpendiculaires. Puis on rabat les plombs, on appui dessus pour refermer le plomb contre le verre.
Ensuite vient la soudure, on applique de la stéarine liquide à chaque intersection, puis un point de soudure à l’étain.
Le panneau est enfin solidarisé, on peut le redresser et voir pour la première fois le travail dans son ensemble. On le retourne et réalise les mêmes opérations sur l’autre face (redresser les plombs, rabattre et souder).
 

Masticage, pose

Le ou les panneaux de la baie sont donc montés et soudés sur les deux faces, on va les mastiquer. On applique à l’aide d’une brosse un mastic composé d’huile de lin et de blanc de Meudon, on le fait bien pénétrer dans les plombs. On essuie le panneau à l’aide d’un chiffon pour enlever les excédents de mastic, puis on frotte avec de la sciure fine pour enlever le reste du mastic et dégraisser le vitrail.
On réalise cette opération sur les deux faces du vitrail, on le nettoie bien puis on le laisse sécher 3 semaines à plat.
Le vitrail est prêt à être posé.
La pose se fait sur lit de mastic et solin mastic pour les menuiseries (comme pour les vitres normales); On pose directement dans la pierre et on calfeutre au mortier de chaux.
 
 
Eléments techniques
 
Dans une maçonnerie, le vitrail se pose à même la pierre, par scellement des armatures métalliques et des vitraux au mortier de chaux. La pose s’effectue le plus souvent par l’intérieur de l’édifice.
Les vergettes, pannetons, clavettes, se placent vers l’intérieur, du côté des grisailles du vitrail, qui sont ainsi protégées des intempéries…
La partie massive de la barlotière est placée à l’extérieur, un joint de mastic est réalisé entre celle-ci et le vitrail, pour éviter les infiltrations d’eau, de gel, etc…
 
 

Chartres

Pendant les fêtes je suis retournée à la Cathédrale de Chartres, détour récurrent depuis que je suis toute petite…

Depuis que je suis capable de me souvenir, la cathédrale de Chartres se sont des vitraux magnifiques dans un bâtiment extrêmement sombre. (En même temps si je regardais moins les vitraux, l’intérieur m’apparaîtrait peut-être plus clair?)
Mais j’ai toujours en tête le souvenir d’un édifice noir…

Et cette année surprise! en plus des verrières restaurées régulièrement et qu’il est toujours intéressant de redécouvrir de nouveau « lisibles », la cathédrale est en train de changer de peau!!!

Une vraie découverte, après de longues recherches et analyses, les restaurateurs sont en train de nettoyer les pierres et leurs restituent leurs décors d’origines, la différence est impressionnante!!!

Vivement la fin du chantier pour redécouvrir tout le bâtiment!!!

Intérieur façade ouest : 2 premières travées restaurées
Choeur restauré, vu depuis le transept

Vous avez vu la différence entre les parties restaurées ou non? Impressionnant, non?

La fin des travaux est annoncée pour 2016, mais si j’ai bien lu les panneaux, je crois qu’ils sont déjà en retard…

Sinon je n’ai pas le temps ni de bonnes photos pour vous faire la visite complète des vitraux…
Mais en bref :

 

Verrière  du XIIIeme siècle
Verrière  du XIIIeme siècle
Verrière  du XIIIeme siècle à gauche, verrière du XIVeme à droite vous voyez la différence?
Verrières du XIIIeme : restaurée à gauche, non restaurée à droite
Facade sud
Verrière  du XIIIeme siècle

Les trois verrières de la façade ouest, parmi les plus vieux vitraux de France (et du monde)!

Verrière  du XIIeme siècle
Verrière  du XIIeme siècle
Verrière  du XIIeme siècle

Et passage obligé lors de tout passage à Chartres, le Centre International du Vitrail (CIV), avec deux expositions : Le Vitrail de la Renaissance et les Vitraux contemporains de Kim En Joong!

Projet St Felix 3

Je commence la réalisation des modelages des différentes essences, pour les 12 baies de l’église…
Une empreinte de chaque modelage sera ensuite réalisée puis un moulage en plâtre permettra de réaliser le thermoformage de chaque baie…
travail en collaboration avec Hermine!
Travail en collaboration avec Othello!
Amandier
Palmier
Sycomore
olivier
figuier

Projet St Felix 2

 Près de long mois de délibérations, la Commission d’Art Sacré a finalement accepté le projet avec quelques changements mineurs…
Un livret sera rédigé pour accompagner les vitraux, expliquant le cheminement par les différences essences représentées, leur présence et leur symbolique dans la Bible…
platane

Souvenirs de voyage…

La famille est partie en vacance cet été (comment ça c’est de saison?) et m’a rapporté un souvenir : des photos de vitraux!!!

Vous avez reconnu? Conques et les vitraux de Soulage!

Projet St Felix

Après plusieurs mois de négociation avec la commune de St Felix, l’Architecte des monuments historiques et la Commission d’Art Sacré pour la création de vitraux « contemporains » pour l’église…

 

Après en avoir discuté, choisis une thématique de tons blancs et réalisés plusieurs prototypes, la commission a retenu le projet de réaliser un « herbier » à symbolique religieuse.

Plaque décorative en fusing imitant un vitrail

Plaque décorative en Fusing imitant un vitrail (orange jaune fusing frittes cistercien bleu blanc aquamarine )
Aujourd’hui,Création pour des particuliers d’une plaque décorative en fusing  (à poser au dessus d’un lave-mains) :  ré-interprétation en fusing d’un vitrail créé par l’Atelier Martin (en 2002?) pour l’église de Sorges en Dordogne!

Tracé, coupe des verres, mise en couleurs à la poudre et cuisson à 850°C… Puis réhauts à la grisaille, au trait noir pour imiter les plombs…
Plaque décorative en Fusing imitant un vitrail (orange jaune fusing frittes cistercien bleu blanc aquamarine )Plaque décorative en Fusing imitant un vitrail (orange jaune fusing frittes cistercien bleu blanc aquamarine )
Plaque décorative en Fusing imitant un vitrail (orange jaune fusing frittes cistercien bleu blanc aquamarine )Plaque décorative en Fusing imitant un vitrail (orange jaune fusing frittes cistercien bleu blanc aquamarine )