Vitraux du XIIeme et XIII eme siècles (article rédigé pour Art et Histoire)

Le vitrail et les autres genres artistiques du XIIème siècle, répondent exactement aux mêmes styles et références picturales (peintures, fresques, miniatures, mais aussi sculpture…)

On trouve souvent à cette époque, des vitraux « légendaires », des médaillons historiés sur fond décoratifs, parfois de forme complexes, qui s’insèrent dans des armatures forgées à leur forme.

Sans être systématiques, ces armatures contournées sont une caractéristique de ce siècle, elles disparaîtront progressivement au XIIIème siècle.
 

 

Durant le XIIème siècle, les bordures sont très développées et très soignées représentant parfois 1/3 voire la moitié de la largeur totale de la baie. Elles représentent des feuillages, des fleurs, des animaux, des entrelacs, ou des galons perlés traités avec magnificence … Une bordure ornementale ouvragée délimite généralement aussi les médaillons, dont le fond est uni, souvent bleu ou rouge, deux couleurs qui dominent à cette époque.

Les vêtements sont représentés près du corps (proches de la sculpture romane et de l’imagerie byzantine). Le dessin est énergique, puissant, parfois naïf, les personnages, jamais nombreux sont hiératiques.
 
Les médaillons comportent peu de décors, les fleurs et les arbres sont représentés très schématiquement.
 
Le vitrail au XIIème siècle est traité comme une pièce d’orfèvrerie, on observe un morcellement des pièces très important.(cives)
Les colorations sont splendides et très pures, le « bleu de Chartres » fait son apparition, c’est un bleu de cobalt.
 
 
Le XIIème siècle aurait produit, quelque 20 000 m² de vitraux en France, il n’en reste qu’à peine 1 000m²
 
 
 
Où les trouver?
Chartres (façade occidentale et ND de la belle verrière)
Angers
Châlon sur Marne
Le Mans (le + ancien vitrail français 1130-40)
Saint-Denis
Strasbourg
Poitiers (crucifixion)
 
 
 
Le Vitrail Cistercien
 
On trouve les vitraux cisterciens parallèlement aux vitraux, hauts en couleur et historiés.
A partir de 1112, Bernard de Clairvaux contribue au développement de l’Abbaye de Cîteaux. la règle de saint Benoît dictant la recherche de Dieu dans la solitude et la pauvreté absolue, l’austérité des formes architecturales, musicales et ornementales sera de mise.
Le chapitre général de l’ordre de Cîteaux interdit ainsi la peinture à l’intérieur des églises, les vitres doivent être blanches, sans représentation ni couleur. Le monastère cistercien est tout entier tourné vers l’intérieur. Les lignes épurées, la rigueur dans la symbolique des nombres, les lois de la géométrie contribuent à la transcendance ultime. De ces règles d’austérité apparaît une beauté spécifique, l’art cistercien.
On met ainsi en place un type de vitrail incolore, dont les pièces sont découpées suivant un dessin géométrique avec rinceaux, entrelacs ou fleurs stylisées. (nous rappelant les vitraux arabes.)
 
 
 
 
 
Quelques témoignages de ces vitraux cisterciens du XIIème siècle subsistent :

 
A Aubazine en Corrèze
A Bonlieu dan la Creuse
A Pontigny dans l’Yonne

 
 
Le XIIIème siècle
 
Dans la continuité du XIIème, le XIIIème siècle est souvent considéré comme la période de plein épanouissement du vitrail, avec notamment l’apparition de la rosace!!!
 

 

La métamorphose des verrières est en grande partie causée par l’évolution, architecturale. Les larges ouvertures de plus de deux mètres du XIIème deviennent de minces lancettes d’un mètre ou un mètre et demi, issues de la séparation des larges fenêtres par des meneaux verticaux. Toutefois les armatures contournées persistent jusqu’au milieu du siècle dans certains édifices. (Chartres par exemple)
Les fenêtres rayonnantes ou rosaces atteignent 10 à 50 mètres carrés, nécessitant une production de verre considérable, et poussant les ateliers à s’adapter à cette nouvelle exigence.
La composition varie peu par rapport au XIIème siècle mais les médaillons ont des formes plus diversifiées.
L’évolution de la fenêtre (compartimentée par des meneaux verticaux) favorise l’appauvrissement des bordures, n’atteignant guère plus d’1/4 de la largeur totale du panneau. 

 

Les figures, toujours de caractère byzantin, deviennent moins hiératiques, grâce à l’étude de la nature pratiquée au XIIIe siècle. On observe davantage de naturel dans la représentation des personnages (à l’image de la sculpture), les attitudes, les gestes deviennent plus réalistes. Les décors restent néanmoins toujours schématiques..
Les « grisailles » parfois entourées de bordures de couleurs, sont assez répandues au XIIIème siècle, (souvent placées dans les fenêtres hautes).
A partir de 1270, les verrières mixtes font leur apparition pour se généraliser au XIVème siècle.
Les dais architecturaux commencent apparaissent progressivement.
Le XIIIème siècle a probablement produit près de 250 000 m² de vitraux, il nous en reste aujourd’hui environ 15 000 m². Très concentrés, dans 20 cathédrales qui regroupent à elles seules plus de 80% des verrières du XIIIème siècle
 
 
 
Où les trouver?
Chartres, référence absolue 2000m² (1215-1240)
La sainte Chapelle de Paris 1242-1248
Bourges cath. Saint Etienne 1210-1240
Angers cath. Saint Maurice 1230-1240
Beauvais cath.. Saint Pierre 1240-1245
Châlon sur Marne cath. Saint Pierre 1240-1250
Clermont Ferrant cath. ND 1265-1275
Laon cath. cath. ND 1210-1215
Le Mans cath. Saint Julien 1235-1265
Paris cath. ND 1220
Strasbourg cath. ND 1230-1250
Tours cath. Saint Gatien 1245-1260
Troyes cath. Saint Pierre 1245-1280