Vitraux du XXeme (article rédigé pour Art et Histoire)

Durant le début du siècle et jusqu’à la grande guerre, puis de manière atténuée jusqu’à aujourd’hui, le vitrail suit la tendance du XIXème siècle
C’est à dire dans les édifices religieux , une peinture académique qui ignore quelque peu le rapport fondamental entre la lumière et la couleur, et un style art nouveau très présent dans le vitrail officiel (banques, grands magasins, gares, …) et dans le vitrail civil (brasseries, appartements, théâtres…). Ce style se caractérise par des décors à thème floral, influencé par l’art du Japon et où la femme est représenté jeune et frêle la plupart du temps.
Jacques Gruber, Champigneulle, Chigot et les Janins ont largement participé à ce style de profond renouveau apparu vers 1880 et qui s’éteindra à la guerre de 1914.
Sitôt après la guerre 1914-1918, une vague de reconstruction aura lieu, entraînant une production de vitraux considérable. Cette période de l’histoire (entre-deux guerres) est un moment charnière de l’évolution du vitrail. La plupart des verriers de l’époque cherchent à s’affranchir du passé. Ils adoptent un style géométrique très coloré, emploient des verres imprimés souvent associés aux verres de couleurs, ce qui est une des caractéristiques de l’Art Déco dans le vitrail. La grisaille sert uniquement à souligner les formes, les contours priment (réhabilitation de la plombure), on observe un certain « refus du pinceau », l’académisme du XIXème disparaît. Mais l’art figuratif à la côte! Le vitrail est toujours considéré comme un catéchisme. 
 
La dalle de verre apparaît en France à la fin des années 20.
Jean Gaudin et son fils Pierre en furent les initiateurs, ils mirent au point en 1929, en collaboration avec Jules Albertini, fabricant de pâtes de verre, l’élaboration de dalles de verre coulées et teintées dans la masse. Jean Gaudin qui était aussi mosaïste, appelait ses vitraux en dalle de verre « mosaïques transparentes ou lumineuses ».

Quelques références de vitraux en dalle de verre réalisés par Jean Gaudin durant l’entre-deux guerres dans le Pas-de-Calais :
  • Eglise de Sauchy Lestrée, vitraux réalisés en 1932
  • Eglise de Rocquigny, vitraux réalisés en 1931-1932
  • Eglise Saint Martin à Hénin Beaumont, réalisés en 1931-1932


Les ateliers d’Art Sacré

Ils seront fondés en 1919 par Maurice Denis et Georges Desvallières et ne produiront que des cartons jusque 1926 date à laquelle Hebert-Stevens, Pauline Peugnier et Rinuy installeront un véritable atelier de vitrail productif. Tous cherchent à renouveler l’art sacré.

L’influence du père Couturier

Pierre Couturier est peintre, il est entré à la fin de l’année 1919 aux ateliers d’art sacré.
Il deviendra frère Marie Alain en 1930, ordonné au couvent de Saulchoir. Il s’exilera aux Etats-Unis pendant la guerre 1939-1945 et y rencontrera des artistes tels que Léger, Dali, Bazaine…
Il sera le premier à faire appel à des artistes contemporains pour la réalisation des grands chantiers d’après-guerre.
Voici ce qu’il dit dans sa préface au catalogue de l’exposition « vitraux et tapisseries modernes » présentée au petit palais en juin 1939 : « nous croyons qu’aujourd’hui la renaissance du vitrail ne sera assurée que si les verriers une bonne fois se décident à faire appel aux Maîtres de l’art vivant : leur goût, leurs intuitions importent plus à cette renaissance que toute érudition et toute doctrine!!! »

A la demande du père Couturier, l’église Notre-Dame-de-toute-grâce à Assy (Haute-Savoie) due à l’architecte Novarina, est décorée par Léger, Bazaine, Braque, Rouault, Matisse, Chagall, Lipchitz et Germaine Richier.
Cette église sera consacrée en août 1950.
Frère Marie Alain fut aussi impliqué dans les projets de la chapelle de Vence décorée par Matisse (1951) et de l’église du Sacré Cœur d’Audincourt (Doubs) où ont travaillé Léger, Bazaine et Le Moal (1951).

Premier vitrail Abstrait dans une église ancienne

Dans les années 1948-1950, le chanoine Ledeur (secrétaire de la commission d’art sacré) demande à Alfred Manessier (alors réputé pour sa peinture non figurative) de réaliser les cartons de vitraux d’une petite église rurale ancienne en FrancheComté. Pour la première fois des vitraux abstraits entrent dans un monument ancien : l’église paroissiale de Bréseux.

« Il est bon de temps à autre qu’une non-figuration vienne nous rendre le sens du mystère, du caché, du sacré. Il faut même que cette non-figuration vienne baigner la figuration, l’immerger, la résoudre dans l’éternel et l’immuable » la revue zodiaque, Abbaye de la Pierre-qui-vire 1951. 
 

Il y aura dès 1952 une polémique et un conflit entre l’œuvre engagée par le Père Couturier et celle réalisée aux Bréseux.
Quelques verriers ayant travaillé durant la période d’entre-deux guerres :

  • Louis Barillet (1880-1948) Travaille en collaboration avec Jacques le Chevallier à partir de 1920 et avec Théodore Hansen à partir de 1923.
  • Alexandre Cingria (1879-1945) Né à Genève, Il fonde la société d’art religieuc de Saint Luc et Saint Maurice afin de renouveler l’art sacré.
  • Jean Gaudin (1870-1936) Fils de Félix Gaudin, Inventeur de la dalle de verre dans les années 1920.
  • Jacques Gruber (1870-1936) Ancien élève de Gustave Moreau, fait son apprentissage du verre chez Daum. Se consacre au vitrail à partir de 1902 et exécute les vitraux de la villa Majorelle à Nancy en 1903. Travaille dans différentes églises entre-deux guerres et notamment à la basilique de Saint Denis dans les fonds Baptismaux.
  • Théodore Hansen, Né en Belgique, collabore avec Barillet et le Chevallier à partir de 1923.
  • Jean Hebert Stevens (1888-1943) Fréquente les ateliers d’art sacré où il se découvre une passion pour le vitrail. Travaillera avec Barillet et Le Chevallier, Executera des vitraux d’après les cartons de Valentine Reyre, Marguerite Huré, Georges Rouault, Maurice Denis, Georges Desvallière, Bazaine ainsi que ceux de sa femme Pauline Peugnier.
  • André Rinuv, Fonde l’atelier de vitrail attaché aux ateliers d’art sacré, il y exécute des vitraux d’après leurs propres cartons.
  • Jacques Simon (1890-1974), N’abandonnera jamais la peinture et la gravure. Il réalise au sein de son atelier familial ses propres vitraux à Reims notamment.